J'avoue avoir été très longtemps réticent à l'emploi du format RAW, lui préférant le bracketing en JPEG, mais à la lecture de différents articles sur le sujet, j'ai décidé de réaliser quelques essais. J'ai réalisé mes derniers reportages de mariage en RAW+JPEG et de me faire ma propre idée. J'ai lu que le format RAW permettait de récupérer jusqu'à trois ou quatre diaphragmes, ce qui me paraissait invraissemblable. Pourtant, je reconnaîs désormais trois intérêts majeurs au format RAW : - la correction de la balance des blancs, Quelques mots sur le format RAWCertains de mes confrères parlent du RAW comme d'un "négatif numérique". Je n'aime pas cette analogie, qui ne parle qu'aux photographes qui ont connu l'ère du négatif - il y en a chaque année un peu moins - et ont une certaine expérience du tirage photo. Là où l'analogie "négatif numérique" fonctionne :- elle illustre bien le fonctionnement du RAW, composé de données que l'on ne modie jamais (le fichier RAW => le négatif), les modifications de l'original (séquences Capture NX => l'habileté du tireur) qui génèrent une photo définitive (tirage => fichier JPEG), Là où l'analogie "négatif numérique" ne fonctionne pas :- elle en prend pas en compte la capacité du RAW à corriger a-posteriori la température de couleur. Correction impossible sur un négatif couleur. Or dans un mariage, on passe très fréquemment de température de couleur. En particulier en attendant la mariée : "lumière du jour" dehors, "ombre" sous le porche, "mélange lumière du jour + artificielle" dans l'église, Le schéma ci-dessous illustre le processus d'enregistrement des fichiers RAW/JPEG par un appareil photo numérique.
Je n'en sais pas beaucoup plus et les techniques de traitement du signal ne m'intéressent pas. La seule chose que je retiens, c'est que pour un fichier JPEG, la balance des blancs a déjà été faite et que cette balance est irréversible (pourquoi ?). De même, le RAW contient plus d'informations que le JPEG et qu'il est possible de faire apparaître, à partir du RAW, des détails dans des zones de l'images qui n'apparaissaient pas dans le fichier JPEG. Un jour viendra où le photographe n'aura plus à se préoccuper des problèmes de sur/sous exposition. Il faudra attendre encore quelques années. En attendant, soyez vigilants lors de votre prise de vue : toute correction d'une image entraîne une dégradation de celle-ci. Corriger la balance des blancsC'est un énorme intérêt du format RAW : la balance des blanc peut être corrigée après la prise de vue. Le format RAW est enregistré AVANT l'application de la balance de blancs ("White Balance"). Le logiciel Capture NX va appliquer le réglage enregistré dans le fichier, mais permet de modifier ce paramètre, performance impossible avec le JPEG, même si on parvient à corriger certaines dominantes de couleur.
Toutefois, je modère cet enthousiasme, car il est difficile de reprendre la balance des blancs dans des conditions d'éclairage délicate (mélange de lumières) et que l'on n'a pas, dans l'image, de référence de gris et il n'est pas toujours possible de glisser une charte de gris dans la scène. Je m'en sors parfois, car dans la série de photos prises au même endroit, il y aura forcément une chemise blanche ou une feuille de papier. Toutefois, cette correction des blancs doit se faire avec une interprétation, car une balance de blancs parfaite sur l'ensemble d'un reportage donne à l'ensemble une teinte froide. Pour de nombreuses photos : cérémonie, soirée, je réchauffe la température d'une centaine de Kelvins. Corriger une erreur d'exposition
Bien que prise en exposition automatique matricielle, cette photo souffre d'une belle sur-exposition (+2 diaphs ?). Pour les curieux, voici les paramètres d'exposition complets. L'idée est de mesurer la capacité de récupération du fichier RAW par rapport au fichier JPEG. Je vais donc tenter une récupération du JEPG avec Lightroom et la comparer avec une récupération du RAW avec Capture NX. Sur le fichier JPEG original, on note une belle surexposition, malgré un mode d'exposition auto. J'ai affiché en rouge sur l'image la zone de surexposition. Ils s'agit de l'ensemble des pixels du JPEG qui sont à 100 % (R = 255, V = 255, B = 255). Cette zone est complètement grillée et ne peut rien espérer. Une deuxième zone m'intéresse : la partie droite du visage. Récupération du JEPG dans Lightroom
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| La récupération des hautes lumières se fait essentiellement grâce à la fonction "Récupération". J'ai augmenté légèrement le contraste. Dans les courbes, j'ai diminué les hautes lumières. | |
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La correction dans Capture NX se fait uniquement par le réglage "correction d'exposition". Le D-Lighting est désactivé.
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| Et là : MIRACLE ! la zone du col de chemise que je pensais perdue apparaît !!! De même, la zone du visage au soleil récupère des valeurs tout à fait acceptables. | |
Enfin livré gratuitement avec les boîtiers D3 et D300, Capture NX est un logiciel d'une grande lenteur et d'une ergonomie très datée. Quand on a utilisé Lightroom, le traitement par lot de Capture irrite beaucoup. Le panneau "courbes", outil indispensable à la retouche des images, est tellement minuscule que le placement des points et leur manipulation nécessite des doigts de fée et un patience d'ange.
Je n'ai utilisé Capture durant des années que pour convertir automatiquement mes RAW en JPEG. J'ai découvert ce logiciel lors du dernier Nikon Pro Tour. En une demi-heure, un formateur de la Nikon School nous a fait une présentation convainquante. Ce logiciel semble avoir été développé avec l'aide de tireurs professionnels. Débarrassé des fonctions parfois très complexes de Photoshop, son mode de travail original par U-points (sorte de baguette magique de Photoshop en bien plus élaboré) s'approche du travail par masquage que l'on faisait à l'agrandisseur. Il dépasse, en ergonomie, les masques de fusion et les calques de réglage de Photoshop. Dernier avantage immense de Capture NX : c'est un logiciel non destructif. Les opérations sont empilées les unes après les autres, en laissant toujours le fichier original intact.
Capture NX est un logiciel "éthique". J'entends par là qu'il permet de corriger des zones de l'image, mais pas de les supprimer. Impossible de supprimer un personnage ou un détail de l'image : pas d'outil "Tampon" ou "Pièce", pas de copier/coller, pas de calque dans Capture NX.
J'encourage tous les Nikonistes à s'intéresser à ce logiciel, malgré la maigre bibliographie sur le sujet et un aspect général assez repoussant.
Le principal défaut de Capture NX est sa lenteur et la faible performance de son traitement par lots. Si toutes vos photos ont été prises en RAW, le meilleure outil est Lightroom.
Dès le lancement de Lightroom, Gilles Theophile s'est pris d'affection pour ce logiciel formidable et a développé sur son site une abondante littérature sur le sujet. Vous y trouverez un approfondissement des quelques notions évoquées ici.
Devant l'incroyable lenteur de Capture NX, il me fallait utiliser un autre outil car je ne peux passer quinze jours pour traiter les photos d'un seul mariage. Si j'utilisais depuis longtemps Lightroom pour traiter les reportages de mariage en JPEG, j'étais peu convaincu par ses performances pour le traitement des RAW. J'avais tord.
Pour ceux qui ne connaissent pas Lighroom ("LR"), en voici une brève présentation. Le besoin d'un tel logiciel est né avec le numérique. Photoshop, logiciel monopolistique, est antérieur au numérique et a été conçu pour traiter les photos unes à unes. Mais les photographes de mariage peuvent revenir de reportage avec des milliers de photos. Le traitement de ces photos unes à unes était d'une extrème lenteur. Adobe, en sortant la version 1.0 de Lightroom en février 2007, a révolutionné de traitement des photos. Le principe est assez simple : le logiciel permet de visualiser les images sous la forme de planches contact. Les modifications apportées sur un fichier sont enregistrées par Lightroom. Ces modifications peuvent être appliquées à d'autres fichiers. Ce qui est bien pratique lorsqu'une série d'images est prise sous les même conditions d'éclairage. Lorsque vous avez corrigé l'ensemble de vos photos, vous les exportez. Vous créez ainsi vos fichiers définitifs, sans modifier vos fichiers initiaux.
Il existe d'autre logiciels de développement des RAW (Bibble)
J'ai revu mon avis sur l'intérêt du RAW pour un reportage de mariage où il est souvent nécessaire de travailler très vite. Passer le boîtier en mode "panique" (= tous les automatismes branchés) permet de sauver certaines prises de vue au labo. Pourtant, l'extrème lenteur du traitement des fichiers sous Capture NX allonge considérablement les temps de traitement. J'espère que mon test prochain sur un mariage complet traité avec Lightroom révisera mon point du vue.
Vincent Blocquaux - 4 mai 2008