Vincent BLOCQUAUX - Photographe de mariages
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La balance des blancs

J'ai décidé de réaliser cet article assez complet, car je consacre l'essentiel de mon temps de retouche à corriger les dominantes de couleur.

Lors d'un mariage, les lieux de prises de vues sont multiples et la durée du reportage fort longue. La variété des d'éclairages conduit à une variété de couleurs. Le but de ce réglage est de donner de la cohérence à l'ensemble et de limiter le plus possible le temps de traitement des photos.

La balance des blancs est une notion un peu étrange pour photographe amateur car elle est peu perceptible par l'oeil humain. De la même manière que l'oeil effectue sa mise au point de façon instantanée, nous donnant l'illusion que tout est net, le cerveau corrige rapidement notre perception des couleurs. Les APN ne sont pas dotés de ces qualités : ils doivent faire la mise au point pour éviter les flous et balancer les blancs pour éviter les dominantes de couleur bleutées/orangées.

Trois lignes de théorie

Sans vouloir vous assommer avec la théorie de la couleur, je donne ici quelques notions minimales. La lumière du soleil est plus orangée au lever et au coucher du soleil qu'à midi. Si vous vous trouvez à la porte d'une pièce éclairée donnant sur l'extérieur, juste après le coucher du soleil, la lumière de l'extérieur sera bleutée et la lumière à l'intérieur orangée. Cette couleur de la lumière est mesurée en Kelvins. Pour un APN, la lumière du jour est de 5.500 K, la lumière artificielle (tungstène) de 3.200 K. La bougie de 1.500, le soleil levant/couchant à 3.000 K. Ce sont des valeurs indicatives. Dans la réalité, on a des variations importantes autour de ces points.


Pour Capture NX, la température de couleur de la lumière du jour est de 5.200 K


... mais elle peut descendre à 4.132 K


... ou bien monter à 7.042 K

C'est froid ou c'est chaud ?

Les langage courant parle de couleurs "chaudes" lorsque les teintes sont orangées. Elles rappellent la couleur des flammes d'une feu de cheminée. C'est ce code de couleur qu'utilisent les plombiers pour les robinets : rouge = eau chaude, bleu = eau froide.

Malheureusement, les physiciens ne sont pas d'accord (c'est dû au fait que la température d'une flamme de feu de cheminée est peu élevée) Pour eux, une température de couleur basse donne une dominante orangée et une température de couleur élevée donne une couleur bleutée.

Température de couleur élevée = couleur "froide"
Température de couleur basse = couleur "chaude"

Pourquoi s'en préoccuper ?

Lorsqu'un vidéaste entre dans une pièce, il commence par balancer ses blancs. Il prend une feuille blanche et la vise pour étalonner sa caméra. Ainsi, au montage, il pourra mélanger des plans venant des différents lieux sans que les transitions soient visibles. En photo, le problème est le même. Il s'agit d'avoir une cohérence. La robe de la mariée ne peut être bleutée ici et rosée là.

Pourquoi ne s'en occupait-on pas en argentique ?

En photo argentique, on choisissait soit un film diapo "lumière du jour" ou "lumière artificielle". Pour le négatif, c'était le laboratoire qui corrigeait les dominantes au tirage. En numérique, c'est le photographe lui-même qui réalise ces corrections, car il n'y a souvent plus d'intermédiaire entre le photographe et le lecteur.

La théorie et la pratique

En théorie, une scène est éclairée avec une source lumineuse constante. C'est parfait pour les laboratoires, mais la réalité est bien différente. Une personne dont le visage est au soleil d'un côté et à l'ombre de l'autre reçoit deux sources lumineuses de températures différentes.


La lumière de la salle provient des lustres, mais le premier plan est éclairé par la fenêtre avec le soleil couchant . Quel est le bon réglage ?


Une balance des blancs réglée pour la lumière extérieure (croix rouge) donne une image très jaune


Prise au soleil couchant, la lumière est très chaude


Mais un respect trop strict de la balance des blancs
détruit toute l'ambiance

Les situations difficiles se rencontrent, en photo de mariage :

- durant les préparatifs, la peinture des murs colore la lumière. Une pièce aux murs jaunes teintera inévitablement la lumière. Sera-t-il souhaitable de la corriger ? En général, dans ce cas, je fais ma balance près de la fenêtre, avant que la lumière ne soit colorée.

- dans l'église, où se mélangent la lumière provenant des vitres, des vitraux et de la lumière l'éclairage artificiel. Il y a cinq zones : les mariés, le premier rangs (parents, témoins, enfants d'honneur), le pupitre des lectures (où s'expriment les proches), l'autel (signatures) et le public.
Dans les cas les plus fréquents, les mariés et le premier rang sont éclairés en lumière artificielle.
Le pupitre, souvent situé à proximité de l'autel, est un mélange de lumière artificielle et de lumière du jour filtrée par les vitraux.
L'éclairage du public est bien difficile à définir, mais cela ne me dérange pas : je le photographie rarement.
Les APN disposent de plusieurs mémorisations des balances de blancs. C'est le moment de s'en servir, si vous avez du gris neutre. 0 = les mariés, 1 = le premier rang, 2 = le pupitre, 3 = les témoins/enfants, 4 = l'autel.

- durant de vin d'honneur, s'il fait plein soleil en été et que la température (de l'air) est élevée, peu de gens resteront au soleil. Tout le monde cherchera l'ombre. C'est un cas assez délicat : la lumière de l'ombre est plus bleutée que la lumière directe. Mais le préréglage "ombre" de mes boîtiers est aberrant et le réglage "lumière du jour" donne à mes sujets de beaux airs de stroumpfs.

- les passages nuageux

Les nuages fait fortement monter le température de couleur. Et plus ils sont gris, plus elle monte.

- à la tombée du jour, dès que le soleil a disparu, la lumière est très douce, mais sa température varie rapidement : très basse au coucher (3.000 K), elle remonte très vite et varie beaucoup,

Quelles méthodes utiliser ?

- la balance des blancs automatique
- la balance des blancs manuelle
- la balance des blancs préréglée
- la charte grise dans l'image
- le thermocolorimètre

Balance "automatique"

A fuir.
Cette méthode donne une mesure qui varient d'une image à l'autre et donnent parfois des résultats aberrants, notamment si aucun blanc n'est présent dans l'image. L'écart de chromie entre les vues interdit un rattrapage par traitement par lots.
Je ne l'utilise que dans un seul cas : lorsque la BdB manuelle a échouée, ou lorsqu'il y a une grosse salade de lumière.

Choix d'un préréglage du boîtier

D'après mon expérience, seuls les modes "jour", "flash" et "tungstène" sont utilisables. Les autres modes : "ombre", "ciel couvert", "néon" ... sont trop aléatoires : quand un ciel est-il "couvert".
Certains confrères utilisent qu'un seul réglage en extérieur : la lumière du jour.

Gabarit de gris sur la première vue

Héritée de la méthode de contrôle des couleurs en studio, cette méthode consiste à placer dans la première image une charte de gris (Novoflex Zébra 20 € TTC), pour ensuite corriger les images par lots sous Capture NX ou Lightroom. On fait une balance manuelle sur la première image et on applique ce réglage aux autre images de la série. Procédé précis, mais fort long. Une variante consiste à utiliser du blanc supposé dans l'image : col de chemise, nappes. Attention toutefois, les lessives utilisent des azurants optiques, bleutés, qui faussent la mesure. Il y en a également dans le papier.

Balance manuelle (balance des blancs sur gris moyen)

Emprunté des cinéastes, ce mode consiste à étalonner sa balance en photographiant du gris normalisée (mire pliante Lastolite Xpobalance 60 € TTC) . On active le mode, on vise la mire (100 % dans le viseur) et on déclenche. Si tout va bien, le boîtier confirme ("good").

J'ai longtemps utilisé ce procédé. Une charte grise pliante Lastolite dans la poche.
L'inconvénient, c'est que cela prend du temps. Il faut que j'égalise mes deux boîtiers. Malheureusement, mon D300 ne donne pas les mêmes réglages que mon D3. D'autre part, il y a parfois d'énormes erreurs. Autre défaut : avec des longues focales, la distance minimale de mise au point est supérieure à la longueur de mon bras, cela m'oblige à placer la mire par terre, ce qui ralentit la mesure ... et provoque de nombreuses questions. Autant de temps perdu.

Thermocolorimètre

Certains boîtier permettent de régler la température de couleur en Kelvin. Dans ce cas, on peut utilise cet appareil qui mesure la température de couleur. Ils permettent une mesure très rapide. C'est rapide, efficace, mais coûteux. Il existe deux modèles : le Kenko Color Meter KFM-3100 et le Gossen Colormaster 3F, dont le prix est d'environ 1.000 € TTC. ils ne doivent pas être confondus avec des posemètres, auxquels ils ressemblent beaucoup.

Remarque sur la balance

Avoir une balance parfaite conduit à des images un peu froides.
Il peut être utile de régler sa température un peu plus haut pour avoir une image un peu plus chaude.

Ce que j'écris maintenant est peut être une ânerie. Le thermocolorimètre corrige la dominante bleu/rouge seulement. Une balance manuelle avec une charte permet de corriger d'autres dominantes (vert de l'herbe et des feuillages).

Comment corriger après la prise de vue ?

Quel que soit le soin accordé lors de la prise de vue, vous devrez corriger certaines images.

Si l'image contient du gris (nappe, peinture murale, col de chemise, papier ...), cela fonctionne bien. Dans le cas contraire, c'est plus compliqué.

J'utilise Capture NX, malgré son extrème lenteur. De nombreux confrères lui préfèrent la rapidité de Ligthroom.


L'interface "balance des blanc"s de Ligthroom permet, en déplaçant la pipette dans l'image, de visualiser, dans la vignette de gauche, le rendu final.

Après l'échantillonnage, Lightroom permet une correction fine de la tonalité de l'image en mode L*a*b. L'axe Température bleu-jaune (le "b" de L*a*b) et l'axe "Coloris" vert-rouge (le "a" de L*a*b)

Les deux logiciels proposent un mode "pipette" qui consiste à désigner sur l'image une zone gris neutre. Elle servira d'étalon pour corriger toute l'image. Capture propose une option "zone d'échantillonnage" : on ne choisit pas un pixel, mais une zone.


L'ergonomie de Capture NX souffre terriblement de la comparaison avec Lightroom : il faut CINQ CLICS !!! pour activer la balance des blancs manuelle après l'ouverture de l'image.

La palette de balance des blancs de Capture NX. On retrouve la possibilité de réglage "a" et "b" de Lightroom.

Capture propose également un mode "Echantillon" qui permet de sélectionner une zone de l'image, seule différence notable parmi les fonctionnalités.

On peut rêver d'une fusion des compétences d'Adobe pour l'ergonomie et la rapidité de traitement et celles de Nikon pour la qualiuté de traitement des fichiers RAW. J'y ai cru lorsque Nikon pris la décision de livrer gratuitement NX avec ses boîtiers. La stratégie de Nikon a changée. Capture est redevenu payant (200 €). De plus, Adobe promeut un format brut de fichiers (le DNG), concurrent du RAW de Nikon. Aujourd'hui, je parierai plus sur la capacité d'Adobe à décoder les RAWS que celle de Nikon à développer l'ergonomie et la rapidité de ses logiciels.

Vincent Blocquaux - 7 août 2008